Dans le fogni les initiations étaient animées par la présence d'un
masque d'origine malinkés : le kankouran. Il incarne l'esprit du bois sacré
masculin, ancien lieu d'adoration totémique. Il se présente sous la forme d'un être
couvert des pieds à la tête d'un vêtement orange et coiffé d'un masque composé de
larges bandes d'écorce rouge. Tout le monde peut le voir avant et après le stage.
Avant, il sème la panique parmi les enfants et les femmes, car il sort entouré d'un
groupe d'hommes armés de rameaux et de batons. Le cortège s'avance dans les rues du
village en chantant au son des tam-tam les enfants curieux et craintifs, s'approchent
et s'enfuient dans tous les sens. Le kankouran frappe n'importe qui même
les vieux, et le spectacle d'un ancien piétinés et flagellés impressionnent
l'enfant qui voit que personne n'échappe à la dure loi du masque présent pendant le
stage initiatique, il accroît l'anxiété des futurs initiés. À la fin du stage il
devient plus humain et participe en dansant à l'allégresse générale.
Chez les Karones à kafountine, le kankouran était beaucoup
plus brutal, d'abord il est toujours seul, sauf pendant les initiations où il est aidé d'un ou plusieurs autres kankouran, en tout cas
jamais
avec des "civils".
Couvert des pieds à la tête d'un habit fait de fibres d'écorce rouge, armé d'une machette dans chaque main, et poussant des
cris caractéristiques
reconnus par tous
et qui glacent le sang,
il sème la terreur
dans tout le village
son apparition peut avoir plusieurs raisons: la première, la principale, est pendant les initiations de protéger les enfants du monde extérieur
mais aussi de les inquiéter. Un rôle de croque-mitaine en somme.
La deuxième, lorsqu'il y avait un problème au village, morts nombreuses inexpliquées par exemple. c'est là où le kankouran
est
le plus dangereux dès la tombée de la nuit, les rues de Kafountine se vident comme par enchantement, la nouvelle de sa sortie
se répend
comme une traînée de poudre
et tout le monde se cloître chez soi, malheur à celui qui ne peut rentrer à temps et qui se fait surprendre
, il est violemment frappé
avec le plat
de la machette. C'est là probablement ce que nous appelerions une psychothérapie de groupe.
La troisième raison est beaucoup plus terre à terre, empêcher les enfants de cueillir les mangues ou autres fruits avnt qu'ils
ne soient mûrs, pour celà il accroche à chaque arbre à protéger une sorte de petite croix en feuille de palmier.
Et personne ne touche aux fruits tant que le kankouran n'est pas revenu l'enlever, non sans, bien sûr oublier de frapper
quelques passants histoire de marquer les esprits.
Il y a quelques années de celà pendant les initiations au bois sacré, un sénégalais probablement étranger
au village car je n'imagine
pas un villageois transgresser l'interdit,
essaya de pénétrer dans le bois sacré. Il fut arrêté par les vieux qui le sermonèrent et le jetèrent dehors . Quelques jours plus tard,
le même homme essaya de nouveau, mais là, ce ne fut pas la même chanson. Il tomba nez à nez avec le kankouran qui lui expliqua non pas
avec le plat
mais avec le tranchant de sa machette qu'il n'avait pas à se trouver là. L'homme eut la vie sauve mais passa quelques semaines
à l'hopital profondément entaillé à la tête et aux bras.
Une petite anecdote qui montre la peur que peut inspirer
le kankouran même chez des personnes d'un certain age.
Mon terrain était situé tout près
du bois sacré. A l'époque je n'avais pas encore construit et je m'y rendais tous les matins pour le nettoyer et jardiner.
Arrive le temps des
circoncisions et de loin en loin, j'apercevais le kankouran qui tournait autour du bois sacré. Un jour un vieux
venant de la brousse,
monté sur une petite
charette tirée par un âne pénètre précipitamment sur mon terrain par le portail laissé ouvert. Courbé derrière la clôture,
je le vois surveiller pendant dix bonnes minutes les allées et venues du kankouran, tout à coup celui-ci ayant probablement
quitté le chemin
qui mène au village,
le vieux remonte précipitamment sur sa charette et debout sur le plateau pour frapper plus commodément son âne, s'enfuir
au triple galop. Même Ben Hur sur son char n'aurait pu le rattraper. Je me suis toujours demandé comment il avait fait
pour rester debout malgré les cahots
Maintenant les sorties du kankouran sont plus rares et moins violentes, encore que...
Lors des dernières circoncisions au mois de mars 2008, normalement sans soirée dansante pendant cette période, bravant
l'interdit une petite soirée avait été organisée au "Kompo". Vers minuit passe au milieu des danseurs "le petit Kankouran" et s'en
va, tout le monde a compris l'avertissement et quitte précipitamment les lieux, sauf bien entendu quelques bravaches qui continuent comme si de
rien n'était. Arrive alors le "grand Kankouran" qui nettoie les lieux à grands coups de machette, le lendemain à l'hopital couture
générale pour les blessés.
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